Célestin, le ramasseur du petit matin de Sylvie Poillevé

J’ai voulu partagé avec vous cette histoire que j’ai lu dans « Petites histoires du Père Castor pour faire rêver les petits », qui est un recueil de contes très bien réussi et que je vous conseille.

Les histoires et les illustrations sont vraiment très bien et plairont aux enfants mais aussi aux parents.

Qui est cet homme au long manteau coloré, portant sur son dos un sac qui semble flotter?

Qui est cet homme si grand, si fin, si léger, qui, au vent, semble se balancer?

C’est Célestin, le ramasseur de chagrins.

Chaque jour, de bon matin, il s’en va sur les chemins?

A grandes enjambées, il s’en va pour ramasser: les petits soucis, les petits riens, les gros bobos, les gros chagrins.

Avec la pointe de son bâton de bois, il pique les mouchoirs à pois, à trous, à rayures, à fleurs, à carreaux, de toutes les couleurs …

Il pique les mouchoirs abandonnés, les mouchoirs encore tout mouillés par les petits et les grands malheurs. Puis, quand son sac est bien rempli, il rentre enfin chez lui, fier d’avoir débarrassé la terre de toutes ces misères.

Depuis des années, dans sa grande maison, Célestin empile les sacs, du sol au plafond.

Pourtant, il ne sait pas pourquoi, mais un nuage gris s’installe petit à petit tout au fond de lui … Célestin se dit que ça va passer! Alors, il continue à ramasser, les petits soucis, les petits riens, les gros bobos, les gros chagrins.

Mais, de jour en jour, le nuage gris est plus gros, plus lourd. De jour en jour, à chacun de ses pas, Célestin est de plus en plus courbé, comme si son sac était trop lourd à porter. Un matin, en ramassant un chagrin à pois, il se met lui aussi à pleurer, pleurer, sans pouvoir s’arrêter.

Et toute cette pluie de larmes, toute cette pluie de son nuage gris, Célestin la laisse couler dans des mouchoirs à rayures, à fleurs; il l’enferme dans des mouchoirs à rayures, à fleurs; il l’enferme dans des mouchoirs à carreaux, de toutes les couleurs… Mais, rien à faire, rien ne l’arrête… Célestin pleure…

Une fois chez lui, il réfléchit, un jour, une nuit, et encore un jour, une nuit… Au petit matin, il comprend enfin que tous ces chagrins empilés dans sa maison, du sol au plafond, finissent par le rendre triste, terriblement triste.

Il prend alors une grande décision: ces chagrins, il ne faut pas les garder! Ces chagrins, il doit s’en débarrasser! Mais comment faire? Impossible de les remettre sur la terre! Ils pourraient repousser, comme des herbes à poison, et les gens seraient encore plus tristes! Ah ça non! Pas question!

Célestin réfléchit, tourne en rond, se met à ouvrir un sac, puis deux, puis quatre! Les yeux encore tout mouillés, il commence à déplier les petits soucis, les petits riens, les gros bobos, les gros chagrins.

Où va-t-il les mettre? En levant ses yeux vers la fenêtre, il lui vient soudain une idée: il va les laver!

Poc! Poc! Poc! Ainsi font, font, font les bulles de savon autour des chagrins, qui, dans la bassine, ont vraiment mauvaise mine …

Dans l’immense champ devant sa maison, sur des cordes à linge qui disparaissent à l’horizon, le coeur rempli de joie, Célestin étend les mouchoirs à pois, à trous, à rayures, à fleurs, à carreaux, de toutes les couleurs … Les mouchoirs qui, goutte à goutte, s’égouttent… Quand enfin il a terminé, il s’assoit, le coeur léger. C’est alors qu’un petit vent magicien se met à souffler, souffler si fort que, un à un, les mouchoirs se décrochent et s’envolent dans une ronde folle! Il souffle encore et encore, ce petit vent polisson, et chagrins à pois, à rayures, à fleurs, à trous, à carreaux, de toutes les couleurs… se transforment… en papillons!

Ces jolies petites bêtes à bonheur volent, volettent autour de Célestin qui, joyeusement, repart sur les chemins pour ramasser les petits soucis, les petits riens, les gros bobos, les gros chagrins.

Sylvie Poillevé

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